22 juillet 1875

« 22 juillet 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 188], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11025e762, page consultée le 07 août 2026.

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De toi, mon grand bien-aimé, on ne peut pas dire : « La fête passée, adieu le saint1 » puisque la tienne va toujours grandissant de jour en jour dans l’admiration des hommes et dans mon amour. Aujourd’hui encore c’est à qui t’apportera son tribut d’hommages et de vénération et ta maison sera trop petite pour contenir toute la foule d’adorateurs et d’adoratrices qui se presseront autour de toi au grand contentement de mon cœur heureux cette fois d’avoir à son service tant de porte-voix pour te dire une partie de l’amour qu’il contient. J’espère que Versailles2 ne contrecarrera pas notre festival comme jeudi dernier et que rien ne clochera que moi dans cette petite fête d’amour. En attendant je crois que le bon saint Médard est enfoncé par saint Victor3 et j’en suis bien aise à tous les points de vue : d’abord pour toi qui finiraisa par passer à l’état de gargouille errante dans Paris et pour ma vieille bête de goutte qui menace de s’éterniser ! Cependant mon genoub va mieux depuis deux jours, ce qui me ravigotec un peu et me donne l’espoir de courir bientôt avec toi comme une personne qui t’aime comme un ange.


Notes

1 Proverbe signifiant qu’on oublie facilement ce qui nous a procuré quelque plaisir, quelque avantage (Dictionnaire de l’Académie française).

2 L’Assemblée nationale siège dans la salle de l’opéra royal du château de Versailles depuis le 10 mars 1871. Le 15 juillet précédent, Eugène Rouher, ancien ministre d’État et président du Sénat, « vice-empereur » et bonapartiste autoritaire sous Napoléon III, y était entendu dans l’affaire de l’élection invalidée du baron de Bourgoing, ancien écuyer de l’Empereur, dans la Nièvre le 24 mai 1874. Juliette Drouet craignait, à la suite de cette séance, un coup d’État de la part des impérialistes.

3 Juliette Drouet parodie le proverbe : « Le soleil de saint Barnabé, à saint Médard casse le nez », en écrivant que, comme il a fait beau la veille, jour de la Saint-Victor, il ne pleuvra pas les jours suivants.

Notes manuscriptologiques

a « finirait ».

b « genoux ».

c « ravigotte ».


« 22 juillet 1875 » [source : BnF, Mss, NAF 16396, f. 189], transcr. Véronique Heute, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d11025e762, page consultée le 07 août 2026.

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Cher bien-aimé, j’ai le delirium tremensb de toutes les splendeurs dont tu m’as abreuvée depuis trois jours. Cette orgie de cadeauxc1, ajoutée à l’ivresse naturelle de mon amour pour toi, faitd que ma raison et mon esprit titubent à qui mieux mieuxe et que je ne sais plus à quoi me retenir pour ne pas tomber cul par-dessus tête. Tant pis si je dis des bêtises et si je fais des folies, ce sera ta faute et non la mienne. En attendant que je cuve tous ces bonheurs à la fois, je tâche de mener à bien ton petit festival de ce soir. J’espère qu’il sera de ton goût et de celui de tes nouveaux invités : j’espère aussi que, contrairement à ses habitudes, Mme Charles ne se fera pas trop attendre. Mais ce qui me préoccupef surtout et même ce qui m’inquiète un peu c’est de savoir comment tu auras pu t’abriter contre la pluie qui a tombé très fort tout à l’heure. Tant va le poète à l’eau qu’à la fin il s’enrhume, dit le proverbe2, ce qui ne me fait pas rire du tout. Je voudrais que tu sois déjà de retour pour savoir jusqu’à quel point mes craintes sont fondées. En attendant je t’adore.


Notes

1 Victor Hugo a reçu pour sa fête, le 21 juillet, de la part de sa belle-fille, Mme Charles, « des photos de Georges, de Jeanne, et d’elle en groupe avec les petits. » (Carnets V – 1875 ; CFL, t. XV-XVI/2, p. 859). Au cours du dîner du 20 juillet, où « Jeanne et Georges [avaient] invité les deux petites d’en bas », les enfants du portier, Victor Hugo avait « mis dans l’assiette de chacune de ces dames [Alice et Juliette] 100 francs, dans l’assiette de chacun des quatre enfants et dans celle de chacune des quatre bonnes, 5 francs. » (Ibid.).

2 Imitation du proverbe « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse », cité dans la lettre du 19 juillet [18]75, lundi soir, 5 h. (BnF, Mss, NAF 16396, f. 185) : quand on s’expose souvent à quelque danger, à quelque tentation, on y succombe. (Littré).

Notes manuscriptologiques

a Un 2 a été rajouté par une autre main que celle de Juliette Drouet au-dessus du 3 de « 23 juillet ».

b « tremesse ».

c « cadeau ».

d « font ».

e « mieux » est en ajout supérieur.

f « préocupe ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils font un bref séjour à Guernesey pour récupérer des affaires.

  • 19-28 avrilSéjour à Guernesey.
  • 4 octobreIls vont sur la tombe de Claire à Saint-Mandé.